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JANVIER

Les premières soirées parisiennes

Alors que l’Angleterre vit son « Second Summer of Love » et que sa jeunesse ne jure plus que par l’acid-house et les raves, l’arrivée en France de cette nouvelle culture se fait de manière beaucoup plus confidentielle. On ne la trouve que dans quelques rares clubs parisiens lors de soirées ponctuelles. Pionnière du genre et à l’initiative des Londoniens de Pure Organisation, Jungle prend ses quartiers au Rex Club depuis déjà une année. Cette bande d’Anglais enthousiastes a en effet convaincu le directeur du lieu, Christian Paulet, de venir prêcher la bonne parole house une fois par mois. C’est un succès et les mêmes organisateurs investissent peu après Le Palace pour des fêtes intitulées Pyramid. C’est là qu’un jeune DJ français qui a fait ses armes à l’Hacienda de Manchester effectue ses premières dates à domicile : Laurent Garnier. Un Garnier que l’on retrouve aussi à La Locomotive où il monte en compagnie du résident Erik Rug les soirées H3O. Non sans mal puisque le club a une réputation rock, punk voire skinhead. Il faut dire que le public house est alors majoritairement gay et branché.

Un club homo, Le Boy, situé à deux pas de l’Olympia, adopte rapidement une programmation totalement dédiée à la house, à la techno et au new-beat. Fermé en 1991, une partie de son équipe se retrouvera par la suite lors de la création du Queen. D’autres clubs pour garçons accueillent la house comme le Broad, le Power Station ou la Luna.

Flyer des après-midi dominicales du Boy

Les DJs précurseurs se nomment Guillaume la Tortue, Olivier le Castor ou Cyril Gordigiani. David Guetta est lui aussi présent dès cette période fondatrice, mais il est encore surtout un DJ hip-hop. Ces différents événements sont relayés dans la presse en particulier dans Libération sous la plume de Didier Lestrade, le premier journaliste à s’intéresser au phénomène. Ces nouvelles musiques sont également populaires dans le nord de la France du fait de sa proximité avec la Belgique, où le new-beat est devenu un phénomène de société. Des centaines de jeunes Français passent la frontière chaque week-end pour se rendre dans des clubs comme le Skyline ou le Boccacio Life.

Sal Russo devant son magasin de disques

Le disquaire original

Pour trouver leur matière première, les DJs français peuvent compter sur quelques rares boutiques de disques. La première à se consacrer exclusivement à la house et à la techno se nomme Bonus Beat. Ouverte par Sal Russo, elle s’installe à Paris près de la place de la Bastille. Le quartier deviendra rapidement l’épicentre de cette scène émergente. Faute d’une clientèle suffisante, Bonus Beat ferme quelques mois avant de renaître sous le nom BPM.

Manu Casana et les raves

À l’image de l’Angleterre, la scène se développe également en dehors des clubs. Pionnières parmi les pionnières, on retrouve on retrouve les soirées B.A.M. dès 1989 sur la péniche Marcounet près du Pont de Puteaux.. Derrière cette organisation se trouve un certain Manu Casana, alors chanteur dans le groupe punk Sherwood Pogo et supporter ultra du PSG. C’est lors d’un séjour à Londres en 1987 qu’il participe, un peu à reculons, à sa première rave. Mais l’effet conjugué d’une nouvelle musique, l’acid-house, d’une nouvelle drogue, l’ecstasy, et du principe de faire la fête dans des endroits incongrus l’amène à une véritable révélation. Il n’a ensuite de cesse de vouloir reproduire le même type d’événements en France, sur la base d’idéaux pacifistes et utopistes. Après ses premières soirées confidentielles à Puteaux il s’associe à un journaliste musical, Luc Bertagnol, pour des fêtes plus ambitieuses sous le nom de Rave Age. Les deux compères se disputent aujourd'hui la paternité de ce nom resté mythique. C’est l’époque des raves restées mythiques comme celle du Collège arménien et du Fort de Champigny. Parallèlement, Manu Casana, qui travaille également dans l’industrie du disque chez un distributeur, monte le tout premier label électronique. Toujours un peu punk dans l’âme, il détourne le logo de la Fraction Armée Rouge pour créer celui de Rave Age Records. Il y publie des artistes internationaux avec qui il a tissé des liens comme Frankie Bones et son frère Adam X. Mais aussi, et surtout, des Français tels Patrick Vidal, Christophe Monier, Electrotête, Juantrip ou encore le duo Pills. Le label tracera sa route jusqu’en 1993, sans rencontrer un immense succès, mais la pierre angulaire de la scène hexagonale est désormais posée.

Avril

Logo et flyer du label Rave Age

Pochette du 45 tours des Bassline Boys

mai

Dechavanne se farcit la techno

La scène est encore balbutiante, mais a déjà ses détracteurs. Au printemps, l’émission de TF1 « Ciel mon mardi » animée par Christophe Dechavanne est consacrée au phénomène acid-house et new-beat. Pour les intervenants, ces musiques ne sont qu’un phénomène de mode sans avenir et ses amateurs des drogués asociaux. Pire, un reportage pernicieux tourné en Belgique présente les clubbeurs comme des nazis en puissance. La ménagère de moins de 50 ans prend peur. Samplées, les meilleures répliques de l’émission servent ironiquement de base à l’un des plus grands tubes du new-beat : « On se calme » des Bassline Boys.

Novembre

La FM s'ouvre à l'électro

Malgré la mauvaise réputation qui colle déjà à la house et à la techno, le groupe de radio RTL lance en novembre un réseau national consacré à ces musiques : Maxximum. Observant le phénomène générationnel qui se déroule dans les pays voisins – Angleterre et Benelux en particulier – l’entreprise prend le pari de l’imposer en France. Ce sera toutefois un échec, Maxximum disparaissant des ondes deux ans plus tard.

Publicité pour la radio Maxximum