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JANVIER

Les nuits de Pat Cash

Une rave clandestine et atypique se déroule dans un tunnel d’autoroute en chantier sous le quartier de La Défense. Derrière son organisation se cache une figure majeure du Paris underground de la fin des années 80 : Pat Cash. Très éclectique musicalement il y convie des DJs aussi différents que David Guetta, Ariel Wizman ou encore Albert de Paname, connu a l’époque pour ses DJ-sets ensoleillés au Balajo. En 2016, le documentaire Ex-Taz, réalisé par Xanaé Bove, racontera l'épopée de ce personnage atypique devenu rabbin en Israël.

De gauche à droite : Lychee, Jean-Claude Lagrèze, David Guetta, Albert de Paname, Ariel Wizman et Pat Cash, sous le tunnel de La Défense

AVRIL

Luc Bertagnol et Cosmos Fact

Luc Bertagnol, ancien associé de Manu Casana au sein du label et de l’organisation de soirées Rave Age, monte sa propre structure baptisée Cosmos Fact et investit le dernier étage d’une usine de Montreuil : Mozinor. Une série légendaire de fêtes mensuelles s’y déroule d’avril à décembre 1991. Luc Bertagnol quitte ensuite le navire mais le lieu sera encore exploité quelques années.

Flyer de la soirée révolution

Flyer d’une soirée Tekno Tanz

MAI

Tekno Tanz et le hardcore

Sur la base de loisirs de Cergy-Pontoise se tient la première soirée Tekno Tanz. Une techno plus dure que dans les autres raves y est jouée sous l’impulsion des DJs Laurent Hô et Liza N’Eliaz. L’organisateur Fabrice Rackam va ensuite se lancer dans la trance avec de grands événements annuels intitulés Gaïa. Fait rare, vingt-cinq années plus tard, cette structure est toujours en activité.

AOÛT

Radio FG fait sa mue électronique

C’est au milieu de l’année 1991 que la bande FM parisienne voit apparaître un média qui va devenir fondamental pour la diffusion des musiques électronique. À vrai dire, Radio FG existe déjà depuis la libération des ondes en 1981. Destinée initialement à la communauté homosexuelle, elle s’est successivement fait appeler Fréquence Gaie, Future Génération ou encore Filles & Garçons. Mais des luttes intestines sur fond de rivalités politiques ont failli la faire disparaître plusieurs fois des transistors. En 1990, du fait d’un lourd passif financier, elle cesse même d’émettre quelques mois avant d’être reprise sous forme associative par son président Henri Maurel. C’est sous son impulsion et celle du programmateur Patrick Rognant que la station effectue alors une nouvelle mue en consacrant intégralement son antenne aux musiques électroniques. Elle adopte aussi un slogan provocateur : “La radio des scotchés”. De nombreux DJs de la scène française sont conviés à mixer en direct. Ses studios deviennent un lieu central où se rencontrent tous les acteurs de la techno et de la house. Tous les samedis soir, l’émission “Rave Up” de Patrick Rognant est un rendez-vous incontournable pour s’informer sur les fêtes et connaître les modalités d’accès.

En semaine, “Happy Hour” s’intéresse plus aux événements proposés par les clubs de la Capitale. Plus tard, le journaliste Jean-Yves Leloup lance “Global Tekno”, un véritable magazine culturel pluridisciplinaire avec la techno comme élément fédérateur. Tous les midis, l’émission “A Deep Groove” convie DJ Deep, Grégory, Erik Rug et Alex From Tokyo à jouer de la deep-house. La qualité de la programmation de Radio FG en fait alors un cas unique au monde. Entre 1996 et 1998 la station perd progressivement son identité gay et profite à plein de la vague “French Touch”. Enfin en 2001, FG obtient l’aval du CSA pour devenir un réseau national. Sous la direction d’Antoine Baduel, son nouveau responsable, elle prend un virage plus grand public et commercial. Les artistes et productions underground disparaissent alors de l’antenne.

DÉCEMBRE

Blouson promotionnel de Fnac Music Dance Division

Eric Morand convertit la Fnac

Si les fêtes battent désormais leur plein et que de nombreux Djs apparaissent sur la scène, les disques joués en rave et en clubs proviennent quasi exclusivement de l’étranger. Il y a encore peu de producteurs en France et encore moins de labels - à l’exception du confidentiel Rave Age de Manu Casana. C’est alors qu’Eric Morand, jeune chef de produit chez Barclay qui se passionne pour ces nouveaux sons, rejoint la Fnac avec de grandes ambitions. La Fnac, qui est alors l’un des plus gros revendeurs de musique en France, souhaite lancer sa propre maison de disques. Eric Morand créé la division dance de Fnac Music avec de gros moyens financiers et surtout carte blanche au niveau artistique.
La structure assure la distribution de labels électroniques internationaux comme Warp, Plus 8, Strictly Rhythm ou Djax Up Beats. On retrouve même au catalogue les productions hip-hop du label américain Tommy Boy. Mais Eric Morand va souhaiter s’investir dans la production et la diffusion d’une scène électronique française digne de ce nom. Le premier artiste signé est l’incontournable

Laurent Garnier avec le maxi “As French Connection”. D’autres rejoignent ensuite la structure comme Scan X, Shazz et Deepside alias St Germain. Dans un premier temps, comme les ventes ne suivent pas, le label adopte alors les codes traditionnels des maisons de disques avec photos/biographies des artistes et un design soigné accordé aux pochettes. Cela ne plait pas forcément dans le milieu techno qui trouve la démarche trop commerciale.
En 1993, Fnac Music connaît enfin le succès avec les morceaux “Wake Up” de Laurent Garnier et “The Meltdown” de Lunatic Asylum. La presse étrangère s’intéresse enfin aux Français et les disques s’exportent. Pour l’occasion, le label sort un blouson imprimé de la phrase prémonitoire “We give a french touch to house”. Malgré ces succès tardifs, les dirigeants de la Fnac ne croient plus en l’avenir du label. Une compilation rétrospective, La Collection, sort en forme de testament en février 1994. Eric Morand et Laurent Garnier partent ensuite fonder le label indépendant F Communications.