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janvier

Libération invite LFO à la Défense

Le début de l’année est marqué par l’une des premières grandes raves “officielles” en France. Se déroulant dans une salle sous la Grande Arche de La Défense, elle présente le live du duo de Sheffield LFO au public parisien. Quelques mois auparavant, Eric Morand du label Fnac Music avait craqué pour leur album Frequencies et choisi de distribuer le label Warp en France. Il décide alors d’organiser un “concert” du groupe qu’il juge apte à convertir même les plus réticents à la techno. La musique de Warp et de LFO, qui n’est pas uniquement faite pour danser, va effectivement séduire la frange la plus ouverte du public rock indé. Morand s’entoure pour cette mission des jeunes organisateurs de raves Happy Land et s’assure du soutien du journal Libération. Depuis la fin des années 80, le quotidien a en effet ouvert ses colonnes au journaliste Didier Lestrade qui s’enthousiasme pour les productions house et les premières raves. Libé fait sa “une” du jour sur l’événement de La Défense et distribuera quelques semaines plus tard un enregistrement du live au format CD.

Pochette du live enregistré le 18/01/92

Avec 4 000 personnes, la soirée est en tout cas une réussite. L’organisation, professionnelle, dans un lieu institutionnel et facilement accessible en métro rassure un public qui n’aurait pas forcément mis les pieds dans une fête “à l’arrache”. En dehors du live de LFO on retrouve également lors de cette rave les DJs parisiens Laurent Garnier, Eric Rug et Jérôme Pacman. Quant à l’équipe de Libération, elle continuera à soutenir la scène techno, entre autres en lançant le service télématique 3615 RAVE.

mai

Wake Up au Rex Club

Ça bouge toujours du côté du Rex Club. Après les historiques soirées Jungle puis les non moins fameuses Space, un duo constitué d’Éric Morand et de Laurent Garnier y propose les Wake Up. Chaque jeudi, de prestigieux DJs internationaux, en particulier de l’axe Detroit-Chicago sont invités à jouer. C’est aussi l’occasion de tester devant un public les productions locales du label Fnac Music Dance Division.

Le premier Fanzine

Un premier fanzine consacré à la house, la techno et les raves sort. Non pas dans les kiosques, mais vendu à la criée dans les raves et les clubs, ainsi que chez les disquaires spécialisés. Très attaché aux valeurs utopistes véhiculées par le mouvement dans cette période fondatrice, il voit dans ces soirées et ces musiques nouvelles une sorte de petit paradis. D’où son nom : Eden. On retrouve derrière cette publication le musicien Christophe Monier – The Micronauts – l’activiste Christophe Vix-Gras et le graphiste Michaël Amzalag. Ce dernier apporte une esthétique très soignée à ce fanzine de petit format – A6, qui tient dans une poche de jean - ce qui sera l’une des clés de son succès. Tous les rédacteurs sont bénévoles et on retrouve parmi eux aussi bien des journalistes confirmés comme Vincent Borel, David Blot ou Didier Lestrade que des artistes qui s’essaient à la plume. Pêle-mêle : DJ Deep, Sven Løve, Alan Braxe ou encore D’Julz. C’est aussi là que Loïc Prigent, qui deviendra un journaliste de mode reconnu, écrit ses premiers textes. Une véritable dream team qui fera vivre le fanzine deux années durant avec une fréquence de parution très aléatoire. Sept numéros seront publiés, traitant aussi bien des sorties de disques que de reportages en soirées, de critiques acerbes sur certains acteurs ou de tribunes enflammées. La question de la drogue y est abordée sans tabou ni angélisme. De nombreux DJs y publient aussi leur playlist. Notons enfin que le film Eden de Mia Hansen-Løve, sorti en 2014, et retraçant le parcours désenchanté de son frère, le DJ Sven Løve, prend son titre dans celui de ce fanzine resté culte.

Marseille in the house

La folie rave contamine la province. Au printemps, la cité phocéenne accueille sa première Atomix dans la Friche Belle de Mai. Facilement accessible, car située en centre-ville, elle attire des milliers de danseurs. Une scène locale est en train d’émerger avec notamment les DJs Jack de Marseille et Olive. D’autres grandes parties se dérouleront ensuite dans la région comme les Euphoria et les Dragon Ball.

novembre

L’épidémie électronique se répand

Après la fermeture du Boy, son patron Philippe Fatien reprend Le Central et le transforme en Queen. Situé au 102 de la très chic avenue des Champs-Elysées, c’est un immense club gay pouvant accueillir plus de 2000 personnes. La house music y occupe une place de premier choix avec les résidents Brainwasher et Charles Schillings, ainsi que le directeur artistique David Guetta. Plus tard, le Queen accueillera les fameuses soirées Respect.

Créé l’année précédente, Fnac Music Dance Division sort sa première compilation Respect For France afin de présenter le son hexagonal aux oreilles du monde. On y trouve les artistes du label, mais aussi – beau joueur - ceux de Rave Age, la structure de Manu Casana. Une tournée associée part évangéliser les clubs de province avec Laurent Garnier, Shazz et Ludovic Navarre.

Une tribu de raveurs anglais débarque en France avec ses camions, son sound-system et un look paramilitaire qui détonne : les Spiral Tribe. Ils vont initier les Français à la free party et au nomadisme. Des groupes se forment dans leur sillage : Nomads, Psychiatrik, OQP ou encore Teknokrates. Le premier Teknival se tient l’année suivante près de Beauvais.

décembre

Les Trans Musicales transformées en rave

Pour leur quatorzième édition, les Rencontres Trans Musicales de Rennes accueillent pour la première fois la nouvelle génération électronique sous la forme d’une rave. Une demi-surprise à vrai dire lorsque l’on sait à quel point la découverte musicale fait partie de l’ADN du festival monté par Jean-Louis Brossard et Hervé Bordier. On doit d’abord cette Rave Ô Trans à une rencontre. Celle entre Hervé Bordier et Manu Casana – des soirées Rave Age – lors du New Music Seminar 92 à New York. Le second emmène le premier dans une rave de Brooklyn où joue Frankie Bones. Bordier est facilement convaincu : la techno a toute sa place au sein des “Trans” et il charge Casana d’assurer la programmation de la soirée de clôture. Si la presse, les techniciens du festival et une partie du public ne sont pas très enthousiastes en amont de l’événement, les artistes conviés ce soir-là vont avoir à cœur d’inverser la tendance.

La programmation est exceptionnelle et grandement axée sur la performance live. On retrouve ainsi les Anglais de The Orb et 808 State ainsi que les Américains d’Underground Resistance qui, avec leur attitude très ghetto, vont créer une mini-émeute dans le public. Les Français ne sont pas en reste avec Juan Trip, Pills et les DJs Pascal R et Jack de Marseille. Avec cette soirée, la techno est enfin officialisée dans un festival reconnu et la Bretagne devient l’un de ses principaux bastions. Les raves demeureront aux Trans de nombreuses années, avec une deuxième édition de Rave Ô Trans en 1993, puis avec les soirées Planète. La musique électronique y occupe encore aujourd’hui une place privilégiée.